Heures Creuses 2 - Chryde

Fév 07

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Fév 06

Exercice / Aube

La nuit avait été étrange. J’avais fini par rester allongé, les yeux ouverts, essayant de deviner à travers une ouverture de l’épais rideau si le jour avait ou non commencé à percer. Le bruit des vagues était chétif, les grenouilles s’étaient tues, les insectes s’étaient tus, seuls quelques oiseaux nouveaux commençaient à chanter au loin, cela devait vouloir dire que je pouvais me lever, que j’y verrais quelque chose.

Je suis sorti. Il faisait encore bien sombre lorsque je fermai la fenêtre en essayant de ne pas réveiller Gwen, déjà plus clair lorsque je me retrouvais sur le ponton, après avoir claudiqué, douillet et maladroit, sur les sentiers tortueux faits de galets figés dans le ciment.

Il n’y avait personne. Seul un employé qui, dans le bungalow perché un peu plus loin derrière, dressait le buffet du petit déjeuner. Mais à part lui, et surtout face à moi, personne, rien, rien que la mer calme, plate, un autre ponton vide, et la courbe de la plage sur ma droite. A une centaine de mètres au loin, il y avait une petite île faite de bruns rochers qui dépassaient plus ou moins de la surface selon la marée. Au centre, on y devinait un petit temple, du genre que l’on trouve à l’entrée des grandes maisons.

Je fis glisser le kayak dans l’eau. Entre mes deux pieds, alors que je m’étais assis à l’arrière, je regardais, perplexe, le petit autocollant qui insistait : “NEVER PADDLE ALONE”. Mais il n’y avait personne. J’étais seul, c’était le but, et cela décuplait mon plaisir d’être dans ce canot de plastique, de planter mes pagaies dans cette surface vierge de toute ride, de glisser sans un bruit vers ce temple. Un quart d’heure de paix absolue.

J’accoste, je descends maladroitement du kayak, je grimpe maladroitement sur les rochers glissant, je garde dans la main une fine cordelette empêchant mon rafiot de fuir. Le temple est à peine plus haut que moi. Deux dômes en pierre blanche posés sur un autel de béton et, tout autour, de petits monticules faits de pierres trouvées alentours et posées les unes sur les autres dans un équilibre bien précaire. Sans savoir rien du quoi, du pourquoi, je me lance dans l’édification de mon monticule, comme si c’était la chose à faire, rien d’autre. Les pierres sont rares, et je n’en trouve que sur la droite, du côté de l’île qui pointe vers la rive, là où la mangrove habille un peu cette île toute minérale. Il faut se tenir en équilibre sur deux rochers bien stables pour pouvoir se pencher et en décrocher de plus petits (mais néanmoins lourds) coincés les uns sous les autres.

Alors que je me penche pour attraper le premier, j’entends un bourdonnement péremptoire, fort, vif, de plus en plus proche. C’est un frelon, ou un bourdon, ou que sais-je, un insecte énorme, menaçant, noir, dont le vol est à la fois frénétique et assuré, comme s’il voulait me faire peur, me déstabiliser tout en me disant ‘connard, quand je veux, je te pique’. Je ne fuis pas, où fuir de toute façon ? J’essaie de garder mon calme, tout en ramassant mes pierres. Il finira par s’éloigner, juste le temps de dresser ma petite tour. C’est un exercice très agréable, ludique et lénifiant à la fois, que de poser ces pierres irrégulières les unes sur les autres. Elles finiront par tenir.

Je m’assois sur une pierre brune et plate. Les bourdons guerriers zonent autour de la mangrove, comme des chiens qui aboient sur toi sans sortir de leur jardin. Là-bas, au loin, sur la plage, on commence à deviner un peu d’activité. Un baigneur solitaire sur la gauche, deux-trois employés remettant en place les chaises longues. Il fait jour, mais le soleil n’est pas encore sorti. Il tarde à pointer derrière une lointaine colline, et il le fera magnifiquement, dans un mouvement lent et parfaitement orchestré avec un nuage solitaire qui le masquera juste le temps de sa sortie avant de lui laisser place.

C’est le moment parfait. Celui où le paysage ressemble exactement à toutes ces images sur lesquelles on a cristallisé nos fantasmes de ce genre de scène, où tout devant nous se découpe en un théâtre d’ombres, plus ou moins vaporeuses. Il ne manquait que les pétards que les locaux font exploser par centaines pour le nouvel an chinois, et qui dégagent une légère et ample fumée qui vient donner du relief au moindre rai de soleil. C’est dur à décrire, c’est splendide.

Je croiserai une vieille grue sur le chemin du retour. Elle ne chantera pas. S’envolera calmement lorsque mon kayak approchera. La matinée est encore calme, je suis seul au monde.

_Please, paddle alone. _

Jan 21

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Jan 13

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Jan 09

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Jan 02

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Déc 21

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Déc 19

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Déc 09

iloveyougeorgiahubley:

Les deux concerts que j’ai préférés cette année ont en commun d’avoir été donnés en solo par des artistes américains, de s’être déroulés en petit comité et d’avoir proposé une expérience qui, sans être innovante, s’est totalement affranchie de l’habituel récital.
Début mars, je suis allé applaudir David Bazan à l’Espace B par fidélité, presque par obligation. J’avais en mémoire le triste souvenir de son concert à moitié vide à Point FMR il y a deux ans et je m’étais dit : Si je n’y vais pas, qui ira ? La formule était identique : lui, sa guitare et ses chansons moroses. Mais le public, réchauffé par la présence de quelques Américains, n’avait rien à voir. Et dès que l’artiste a ouvert la porte aux questions, passé un instant d’hésitation, elles ont fusé. Aussi bien philosophiques que totalement anecdotiques (“Le meilleur endroit pour manger un burger à Seattle ?”). L’artiste y a répondu du tac au tac et il a fallu qu’il en saute quelques-unes pour pouvoir mener à bout son concert. Je pense que chaque spectateur est rentré chez lui avec l’impression d’avoir passé la soirée dans la cuisine de David Bazan. Une cuisine bas de plafond situé à la sortie du métro Corentin Cariou.
Contrairement à David Bazan dont j’ai même été souscripteur du dernier album, je ne possède aucun disque de Damien Jurado. Mais j’ai eu l’occasion de le voir en showcase un jour à la boutique Fargo et j’ai adoré ce moment. J’étais à moins d’un mètre de lui et je le voyais interpréter ses chansons les yeux fermés, avec une intensité insoupçonnée. Je ne savais pas que son concert à la Loge jeudi dernier allait être la prolongation de ce moment. A une différence près : le talking break. Au bout de 40 min de set pendant lesquelles cet originaire de Seattle n’a pas dit un mot, il se déride et parle, comme il l’a fait toute la journée avec des journalistes. Il insiste sur l’importance de donner des concerts où il peut toucher son public en tendant le bras (il en profite pour palper les pieds de deux spectatrices) et explique que ses chansons ont été conçues dans le contexte dans lequel il les interprète ce soir : seul à la guitare. S’ouvre également aux questions et dévoile un visage inédit : il est drôle. Apostrophé par deux spectateurs, il retourne la situation et commence à les interroger. Le contraste avec cette montagne de silence imperméable aux vents quelques instants plus tôt est saisissant. Le temps de cette pause, il s’est imposé comme le Louis CK de Secretly Canadian.
C’est peut-être parce que je vois beaucoup de concerts que j’ai besoin de contextes différents. C’est peut-être parce que j’en vois depuis très longtemps que j’ai envie de vivre des moments uniques. En 2013, j’ai l’impression que la proximité ne m’a jamais autant manqué. En 2014, j’aimerai revoir Essie Jain et qu’elle me tienne la main le temps d’une chanson. En 2014, j’aimerai être assis sur le tabouret de Nils Frahm la prochaine fois qu’il interprète “Said And Done”. En 2014, j’ai envie de voir Stephen Steinbrink dans la maison de Dana Boulé, à Montreuil, lors d’une soirée présentée par l’inimitable Oliver Peel. En 2014, j’ai envie de retrouver Freschard à l’arrière d’un café et pleurer doucement en l’entendant entonner “All I Have Is Gone”. En 2014, j’ai envie que Mohamed vienne jouer chez moi le jour de mon anniversaire, devant mes invités, et qu’ils en restent bouche bée. En 2014, j’ai envie que la musique fasse moins partie de ma vie : par contre, j’ai envie qu’on se tutoie.

iloveyougeorgiahubley:

Les deux concerts que j’ai préférés cette année ont en commun d’avoir été donnés en solo par des artistes américains, de s’être déroulés en petit comité et d’avoir proposé une expérience qui, sans être innovante, s’est totalement affranchie de l’habituel récital.

Début mars, je suis allé applaudir David Bazan à l’Espace B par fidélité, presque par obligation. J’avais en mémoire le triste souvenir de son concert à moitié vide à Point FMR il y a deux ans et je m’étais dit : Si je n’y vais pas, qui ira ? La formule était identique : lui, sa guitare et ses chansons moroses. Mais le public, réchauffé par la présence de quelques Américains, n’avait rien à voir. Et dès que l’artiste a ouvert la porte aux questions, passé un instant d’hésitation, elles ont fusé. Aussi bien philosophiques que totalement anecdotiques (“Le meilleur endroit pour manger un burger à Seattle ?”). L’artiste y a répondu du tac au tac et il a fallu qu’il en saute quelques-unes pour pouvoir mener à bout son concert. Je pense que chaque spectateur est rentré chez lui avec l’impression d’avoir passé la soirée dans la cuisine de David Bazan. Une cuisine bas de plafond situé à la sortie du métro Corentin Cariou.

Contrairement à David Bazan dont j’ai même été souscripteur du dernier album, je ne possède aucun disque de Damien Jurado. Mais j’ai eu l’occasion de le voir en showcase un jour à la boutique Fargo et j’ai adoré ce moment. J’étais à moins d’un mètre de lui et je le voyais interpréter ses chansons les yeux fermés, avec une intensité insoupçonnée. Je ne savais pas que son concert à la Loge jeudi dernier allait être la prolongation de ce moment. A une différence près : le talking break. Au bout de 40 min de set pendant lesquelles cet originaire de Seattle n’a pas dit un mot, il se déride et parle, comme il l’a fait toute la journée avec des journalistes. Il insiste sur l’importance de donner des concerts où il peut toucher son public en tendant le bras (il en profite pour palper les pieds de deux spectatrices) et explique que ses chansons ont été conçues dans le contexte dans lequel il les interprète ce soir : seul à la guitare. S’ouvre également aux questions et dévoile un visage inédit : il est drôle. Apostrophé par deux spectateurs, il retourne la situation et commence à les interroger. Le contraste avec cette montagne de silence imperméable aux vents quelques instants plus tôt est saisissant. Le temps de cette pause, il s’est imposé comme le Louis CK de Secretly Canadian.

C’est peut-être parce que je vois beaucoup de concerts que j’ai besoin de contextes différents. C’est peut-être parce que j’en vois depuis très longtemps que j’ai envie de vivre des moments uniques. En 2013, j’ai l’impression que la proximité ne m’a jamais autant manqué. En 2014, j’aimerai revoir Essie Jain et qu’elle me tienne la main le temps d’une chanson. En 2014, j’aimerai être assis sur le tabouret de Nils Frahm la prochaine fois qu’il interprète “Said And Done”. En 2014, j’ai envie de voir Stephen Steinbrink dans la maison de Dana Boulé, à Montreuil, lors d’une soirée présentée par l’inimitable Oliver Peel. En 2014, j’ai envie de retrouver Freschard à l’arrière d’un café et pleurer doucement en l’entendant entonner “All I Have Is Gone”. En 2014, j’ai envie que Mohamed vienne jouer chez moi le jour de mon anniversaire, devant mes invités, et qu’ils en restent bouche bée. En 2014, j’ai envie que la musique fasse moins partie de ma vie : par contre, j’ai envie qu’on se tutoie.

Déc 06

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Déc 05