Heures Creuses 2 - Chryde

Avr 09

theplanetofsound:

….I Told You To Be Patient

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Fév 26

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Fév 06

Exercice / Aube

La nuit avait été étrange. J’avais fini par rester allongé, les yeux ouverts, essayant de deviner à travers une ouverture de l’épais rideau si le jour avait ou non commencé à percer. Le bruit des vagues était chétif, les grenouilles s’étaient tues, les insectes s’étaient tus, seuls quelques oiseaux nouveaux commençaient à chanter au loin, cela devait vouloir dire que je pouvais me lever, que j’y verrais quelque chose.

Je suis sorti. Il faisait encore bien sombre lorsque je fermai la fenêtre en essayant de ne pas réveiller Gwen, déjà plus clair lorsque je me retrouvais sur le ponton, après avoir claudiqué, douillet et maladroit, sur les sentiers tortueux faits de galets figés dans le ciment.

Il n’y avait personne. Seul un employé qui, dans le bungalow perché un peu plus loin derrière, dressait le buffet du petit déjeuner. Mais à part lui, et surtout face à moi, personne, rien, rien que la mer calme, plate, un autre ponton vide, et la courbe de la plage sur ma droite. A une centaine de mètres au loin, il y avait une petite île faite de bruns rochers qui dépassaient plus ou moins de la surface selon la marée. Au centre, on y devinait un petit temple, du genre que l’on trouve à l’entrée des grandes maisons.

Je fis glisser le kayak dans l’eau. Entre mes deux pieds, alors que je m’étais assis à l’arrière, je regardais, perplexe, le petit autocollant qui insistait : “NEVER PADDLE ALONE”. Mais il n’y avait personne. J’étais seul, c’était le but, et cela décuplait mon plaisir d’être dans ce canot de plastique, de planter mes pagaies dans cette surface vierge de toute ride, de glisser sans un bruit vers ce temple. Un quart d’heure de paix absolue.

J’accoste, je descends maladroitement du kayak, je grimpe maladroitement sur les rochers glissant, je garde dans la main une fine cordelette empêchant mon rafiot de fuir. Le temple est à peine plus haut que moi. Deux dômes en pierre blanche posés sur un autel de béton et, tout autour, de petits monticules faits de pierres trouvées alentours et posées les unes sur les autres dans un équilibre bien précaire. Sans savoir rien du quoi, du pourquoi, je me lance dans l’édification de mon monticule, comme si c’était la chose à faire, rien d’autre. Les pierres sont rares, et je n’en trouve que sur la droite, du côté de l’île qui pointe vers la rive, là où la mangrove habille un peu cette île toute minérale. Il faut se tenir en équilibre sur deux rochers bien stables pour pouvoir se pencher et en décrocher de plus petits (mais néanmoins lourds) coincés les uns sous les autres.

Alors que je me penche pour attraper le premier, j’entends un bourdonnement péremptoire, fort, vif, de plus en plus proche. C’est un frelon, ou un bourdon, ou que sais-je, un insecte énorme, menaçant, noir, dont le vol est à la fois frénétique et assuré, comme s’il voulait me faire peur, me déstabiliser tout en me disant ‘connard, quand je veux, je te pique’. Je ne fuis pas, où fuir de toute façon ? J’essaie de garder mon calme, tout en ramassant mes pierres. Il finira par s’éloigner, juste le temps de dresser ma petite tour. C’est un exercice très agréable, ludique et lénifiant à la fois, que de poser ces pierres irrégulières les unes sur les autres. Elles finiront par tenir.

Je m’assois sur une pierre brune et plate. Les bourdons guerriers zonent autour de la mangrove, comme des chiens qui aboient sur toi sans sortir de leur jardin. Là-bas, au loin, sur la plage, on commence à deviner un peu d’activité. Un baigneur solitaire sur la gauche, deux-trois employés remettant en place les chaises longues. Il fait jour, mais le soleil n’est pas encore sorti. Il tarde à pointer derrière une lointaine colline, et il le fera magnifiquement, dans un mouvement lent et parfaitement orchestré avec un nuage solitaire qui le masquera juste le temps de sa sortie avant de lui laisser place.

C’est le moment parfait. Celui où le paysage ressemble exactement à toutes ces images sur lesquelles on a cristallisé nos fantasmes de ce genre de scène, où tout devant nous se découpe en un théâtre d’ombres, plus ou moins vaporeuses. Il ne manquait que les pétards que les locaux font exploser par centaines pour le nouvel an chinois, et qui dégagent une légère et ample fumée qui vient donner du relief au moindre rai de soleil. C’est dur à décrire, c’est splendide.

Je croiserai une vieille grue sur le chemin du retour. Elle ne chantera pas. S’envolera calmement lorsque mon kayak approchera. La matinée est encore calme, je suis seul au monde.

_Please, paddle alone. _

Jan 21

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Jan 13

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Jan 09

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Jan 02

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